Bien plus qu'une simple "
madeleine de Proust"
Street Fighter II est un souvenir qui couvre un pan complet de mon adolescence.
J'ai découvert la borne d'arcade dans une fête foraine (qui est partie bien trop tôt...) et ce fut une véritable claque pour moi, pauvre petit joueur de
Mario sur
NES. Aussi, quand quelques temps plus tard mes parents m'ont offert le
pack spécial Super Nintendo + Street Fighter II... j'ai bien cru que le plus beau jour de ma vie était arrivé. Faut dire que je n'étais qu'un geek de 14 ans...
Et j'ai blindé, j'ai blindé, j'ai blindé... ou plutôt
on a blindé, mon pote et moi. On a continué quelques années, jusqu'à maîtriser totalement le jeu... Et on a arrêté. Progressivement puis totalement quand les suites se sont trop enchaînées.
SF Ex, SF Zero/Alpha, SF 3-1, 3-2, 3-3, etc... etc... et j'en passe et des pires.
C'est pourquoi, à l'annonce d'un nouveau
Street Fighter IV, j'ai d'abord eu une réaction blasée du genre "
Encore un ! Mais ils arrêtent jamais de pondre des suites chez Capcom !" (je vous l'ai fait en version très polie, là)
Ensuite j'ai vu les premières vidéos... et je me suis immédiatement dis "
PUTAIN... STREET EST DE RETOUR !!!"
SELECT A CHARACTER Et je ne m'étais pas trompé !
Alors autant vous le dire tout de suite :
ce test sera assez court car, de mon point de vue,
ce titre ne s'adresse qu'à deux types de joueurs.
Les premiers seront
les nostalgiques de SF II qui découvriront une version améliorée de de leur titre fétiche. Je vous explique tout ça un peu plus bas.
Les seconds seront
les petits curieux qui voudront bien s'intéresser à cette relique issue d'un passé vidéo-ludique lointain. Eh oui... je vous rappelle que c'était au siècle dernier, à l'époque des francs. Et je suis sûr que pas mal de joueurs actuels n'avaient pas encore appris à marcher quand je balançais mes premiers
Hadoken.
Bref ! Les autres, vous pouvez passer votre chemin.
ROUND 1. FIGHT ! Si j'ai dit, un peu plus haut, que
SF IV est un SFII amélioré, c'est tout simplement parce que le nouveau titre de
Capcom a repris 80% des bases de l'ancien.
Nous avons toujours à faire à un jeu de
baston en 2D où le but est clair : vaincre vos adversaires à la force de vos poings.
Quand je dis 2D, il s'agit bien sûr du type de jeu de combat. C'est à dire que
contrairement aux jeux de combats 3D (Tekken, Soulcalibur,etc...), vous ne pouvez pas tourner autour de votre adversaire, ni vous en éloigner. Aucune échappatoire, quoi !
Et c'est ça que l'on aime dans
Street Fighter : moi contre toi dans un espace fermé. Pas de pirouettes, pas de Ring Out ou d'autres gadgets. Juste ta technique contre ma technique. Et là, pas question de super pouvoirs abusés que l'on peut renouveler à l'infini sans laisser l'adversaire toucher le sol (comment s'appelait ce pirate déjà...
Cervantès, je crois...)
Le tour de force de
Capcom est d'avoir réussi à conserver ce qui avait fait le succès de
Street Fighter II, à savoir une
maniabilité extrêmement bien pensée avec ces 3 niveaux de force, des
priorités de coups pouvant créer la surprise et au final des
combats pouvant atteindre un très haut degré technique, pour peu que l'on tente de maîtriser le jeu, ou du moins quelques personnages.
A cette base solide au succès inégalé, l'éditeur a rajouté quelques nouveautés qui font bien plus que dépoussiérer la saga :
elles la portent à un autre niveau.
Le parti-pris graphique du cell-shading est, de mon point de vue, une réussite. Les persos sont très bien modélisés, les animations bluffantes, les zooms lors de coups ultra apportent une touche d'humour à l'ensemble (et vous penserez comme moi quand vous aurez vu
Blanka ou
Balrog se prendre un gros uppercut)
Dommage que les décors soient un peu fades, mais bon, c'est largement suffisant pour un jeu de baston.
Niveau jouabilité, plusieurs petites nouveautés ou reprises d'anciens SF sont présentes, et disponibles pour tous les persos.
Une attaque
focus qui permet d'encaisser un coup sans subir de dommage (avec au passage un superbe effet "
encre de chine"). Des
cancels qui annulent vos coups pour mieux
feinter et partir sur une autre. Des
jauges qui se remplissent selon les coups subis ou donnés grâce auxquelles vous pourrez déclencher des
furies, bref, chaque nouveauté amène une nouvelle profondeur au soft.
Et n'écoutez surtout pas les joueurs qui vous diront que les coups sont insortables et qu'on ne comprend rien et que c'est un gameplay archaïque, et que rien ne vaut un
Tekken ou un
SoulCalibur, et que les combattants sont pas équilibrés, etc...
Ce ne sont pas de mauvaises langues.
Ce sont simplement des mauvais joueurs qui n'ont pas essayé de maîtriser le jeu.N'ayez donc pas peur, vous les petits nouveaux.
Votre persévérance et votre curiosité seront récompensées !Le titre reste très accessible tout en ayant une énorme marge de progression.HERE COME NEW CHALLENGERS ! Cette phrase légendaire est celle que vous entendrez si vous testez le mode on-line.
Clin d'oeil à l'époque des bornes d'arcade sur lesquelles un joueur pouvait en défier un autre à n'importe quel moment, il vous arrivera d'être stoppé en plein match contre le CPU pour relever le défi d'un autre connecté.
Bien qu'un peu embêtant à la longue, je trouve que c'est une bonne idée.
Par contre, je ne suis personnellement pas fan des modes on-line et je pense que rien ne vaut une bonne baston avec son pote sur le même canapé. Ce que je vais vous dire n'est pas sûr puisque je n'ai essayé que très rapidement, mais je vois déjà 90% de
Ryu/Ken/Sagat dont seuls 10% savent vraiment jouer, les autres se déconnectant pour ne pas perdre...
Peut-être que je me trompe (et je le souhaite ardemment d'ailleurs), mais ne comptez pas sur moi pour débloquer les succès on-line.
Beaucoup plus alléchant et comme le veut la tradition Capcomienne, chaque
Street Fighter apporte son lot de nouveaux persos.
En plus des combattants qui ont fait la renommée des épisodes précédents (
Ryu, Ken, Zangief, Guile, Chun-Li,...)et des "anciens nouveaux" comme
Cammy, Fei-Long, Gen, Dan ou Sakura,... vous découvrirez donc les petits derniers, au nombre de
5.
Honneur aux dames avec
Crimson Viper, une agent secret au maniement un peu bizarre mais tout de même intéressant puisqu'elle utilise principalement des attaques mi-distance.
Vient ensuite
Abel, le français amnésique dont les techniques de corps-à-corps sont particulièrement dévastatrices. Personnellement, je l'apprécie beaucoup.
Rufus est un tas de graisse américain qui se la raconte énormément mais qui peut se le permettre tant sa rapidité et sa souplesse font oublier ses kilos. Un personnage original mais dont les coups sont, hélas, très classiques...
L'avant-dernier est celui que j'ai le moins apprécié :
El Fuerte. D'origine mexicaine, ce cuisinier-luchador (métier aussi répandu que pâtissier-magicien) est une vraie pile électrique toujours en l'air ou en mouvement. Pour moi, c'est surtout un mauvais
Vega (
Balrog pour les puristes).
Enfin, le dernier est un boss caché car il ne s'agit, ni plus ni moins, que du
maître de Ryu et Ken : Gouken, le frère d'Akuma. On arrive donc à 5 nouveaux, mais en réalité, on peut compter un 6ème arrivant. Il s'agit de
Seth, le boss de fin. Mais franchement, il est tellement pitoyable que si je vous en parle, c'est pour mieux aborder les points négatifs du jeu.
YOU WIN. PERFECT ? En effet, ce personnage est d'une nullité sans égal. Il s'agit d'un concentré de tous les autres combattants du jeu : il a la choppe de
Zangief, des
Sonic Boom, un
Shoryuken, le
teleport de
Dhalsim, plus une ou deux attaques bien à lui. Le pire, c'est qu'avec tout ça, il n'a récupéré le charisme de personne : c'est un robot bleu clair, chauve, qui se ballade en slip... Ridicule.
Mais si
Seth est aussi désolant, c'est également la faute à une difficulté particulièrement mal dosée.
Je ne sais pas ce qui s'est passé chez
Capcom, mais autant tout le titre a été réglé dans les moindres détails, autant la difficulté a été calibrée de façon...
aléatoire.
Ce n'est pas que le jeu est difficile car tous les obstacles sont surmontables pour peu que l'on s'entraîne régulièrement, mais, par exemple, j'ai eu l'impression que le jeu était plus ardu en
Normal qu'en
Hard.... Bizarre, non ? De même il arrivera qu'un perso soit imbattable pendant 10 matchs et puis, tout d'un coup, vous le battez en frôlant le
Perfect. A croire qu'il s'est laissé faire...
Mais bon, l'
IA n'a jamais été un point fort de la saga et je me rappelle avoir piqué des crises de nerfs sur certains passages de
SFII (qui a dit
M. Bison ?) pour, quelques temps plus tard, les passer les doigts dans le nez.
Et puis ne perdons pas de vue le plus important : dans
Street Fighter, votre adversaire, ce n'est pas la console.
C'est celui qui tient la seconde manette !Alors au diable l'
IA défaillante et le Boss de fin foireux ! Le mode VS est parfait !
Par contre, on ne peut pas en dire autant des
cinématiques.
Celle d'introduction est superbe, c'est un fait. Mais c'est quoi cette musique ? Pourquoi avoir mis de la
J-Pop sur des mecs qui se tabassent ? Quitte à faire, fallait localiser dans tous les pays. On aurait mis "
La vida loca" pour l'Espagne et "
La danse des canards" chez nous.
Mais comme je suis indulgent, ça passe. Par contre, ce qui ne passe pas, ce sont les cinématiques animées qui narrent les histoires de chaque combattant.
Arriver à une qualité aussi basse alors qu'on est au pays du Manga, c'est une honte. Surtout qu'elles ne durent pas longtemps ces cinématiques, alors pourquoi ne pas les avoir soignées ? Pourquoi avoir confié l'animation et le design a des petits tchètchènes manchots ? Heureusement, une simple pression sur
Start et on passe.
En fait, je me fous du
Seth et des
cinématiques. Ce ne sont que des défauts mineurs.
Le seul défaut majeur me concernant concernera également les vieux joueurs qui ont fait leurs armes sur une
Super Nintendo. Vous l'aurez compris, il s'agit de... la
manette.
Attention, je ne dis pas que la maniabilité est affreuse. C'est juste que si, comme moi, vous aviez réussi, au cours de ces longues années, à vous forger un timing dans vos enchaînements, des réflexes de mouvements, etc...
il va falloir tout recommencer depuis le début ! Si, si...
Déjà, le jeu tourne un petit peu au ralenti, mais c'est surtout le stick qui n'est pas terrible. Quand à la croix, elle n'est pas idéalement placé sur la manette. Mais, que vous choisissiez un ou l'autre, il vous arrivera régulièrement, du moins au début, de
sauter au lieu de finir votre Shoryuken, par exemple.
S'ensuit inévitablement une très grande frustration, surtout quand vous alliez finir l'adversaire et qu'à cause de votre erreur, il retourne la situation. Et je ne vous parle pas de la crise quand ça vous arrive alors que vous alliez lâcher l'
Ultra-combo....
Bref, on s'habitue, mais il va falloir reprendre à ZERO votre entraînement.
THE END Alors ? Est-ce que ce nouveau Street vaut le coup ? Je l'achète ou pas ?
Je vais répondre clairement à cette question de la manière suivante :
OUI, SF IV vaut le coup si vous appartenez aux deux catégories suscitées, à savoir les
jeunes curieux ou les vieux nostalgiques.
Si vous faites partie des nostalgiques comme moi, sachez que vous devrez tout de même être
ouvert à la nouveauté (3D, nouveaux coups, etc...) et
prêt à ré-apprendre les bases les plus élémentaires. Sinon, vous feriez mieux de télécharger l'ultime remix de
Street Fighter II sur le Xbox Live. Il s'agit d'ailleurs d'un excellent titre !
Quand aux curieux, je n'ai qu'une chose à vous dire : si vous voulez voir un phénix renaître de ces cendres, foncez.
NON, SF IV ne vaut pas le coup si vous n'appartenez pas à ces catégories.
C'est un jeu en en 3D, mais les combats se font en 2D, contrairement à tous les autres jeux de combats actuels. Si vous n'êtes pas prêts à
passer du temps sur le titre a essayer de réellement le maîtriser, vous allez le trouver beaucoup trop dur et incompréhensible.
Mieux vaut passer votre chemin et retourner faire joujou avec
Tekken ou
Soul Calibur.
Moi, j'ai déjà bandé mes poings et resserré la ceinture de mon kimono. En attendant mon prochain adversaire, je repars m'entraîner...
SHÔÔÔÔ RYU REPPAAA !!